Face à face

Homélie pour la première messe des frères Paul-Adrien, Nicolas, Thomas-Marie et Marc en l’église Saint-Julien de Tours.

Evangile selon saint Matthieu, chapitre 8, versets 18-22

Frères et sœurs,

Il est des jours où la Parole de Dieu est dur à entendre.
Mais la Parole de Dieu est sans détour car elle nous confronte jour après jour à la seule question essentielle : « Que faisons-nous de notre vie ? »
La Parole de Dieu est sans détour car elle regarde bien en face notre violence et notre dureté.
La Parole de Dieu est sans détour car c’est dans le lieu même où nous ne voulions pas être sauvés, dans le lieu caché où nous ne voulions pas être trouvés, que Dieu entre avec bienveillance et nous sauve avec tendresse. C’est dans le lieu même de notre refus, jusqu’au meurtre de la Croix, que Dieu est venu nous sauver par amour.

Car Dieu est sans détour.

Le prophète Amos nous le fait comprendre aujourd’hui : le péché est toujours un refus de Dieu. Mais l’évangile nous l’enseigne : la foi toujours un refus surmonté, surmonté par Dieu lui-même qui est venu parmi nous pour nous sauver. Mais pourquoi ce refus de Dieu en nous alors qu’il veut nous sauver ? Pourquoi cette bataille en nous contre l’évangile alors que lui seul nous apporte la paix ? Pourquoi ce gâchis du péché dans notre vie, dans notre monde, alors que nous sommes faits pour la joie ?

Écoutons notre frère Henri-Dominique Lacordaire dire magnifiquement ce drame qui est au cœur de l’homme, au cœur de notre monde :
« Nous pouvons nous plaindre de la vie, et ne pas estimer qu’elle soit un si grand don. Mais la vie dont nous nous plaignons, ce n’est pas celle que Dieu nous a faite, c’est la vie que nous nous sommes faits à nous mêmes. Nous en retranchons Dieu, et nous nous étonnons qu’elle ne soit plus rien. Nous produisons le vide dans notre âme, et nous nous étonnons que l’infini nous manque. Nous courons après toutes les misères et nous nous étonnons de n’être plus que doutes, ténèbres, amertume, affliction. Ah! Revenons, revenons à la vie ! »

Ne nous trompons pas : ce n’est pas en luttant contre nous-mêmes que nous reviendrons à la vie mais en contemplant un visage. Celui que cherche le cœur de l’homme s’appelle Jésus-Christ. Si nous savions adorer ce visage, rien ne pourrait véritablement nous troubler. Nous traverserions le monde avec la tranquillité des grands fleuves. Car Lui seul enlève le péché du monde. Lui seul peut nous sauver. Lui seul nous conduit au Ciel.

Nos yeux tournés vers la Croix et les yeux du Christ tournés vers nous, redisons chaque jour dans la foi :
« Seigneur, montre nous ton visage et nous serons sauvés. »