Débordé par les confessions… et non les réunions!

Homélie du frère Nicolas Burle pour le 26e dimanche du Temps Ordinaire.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, chapitre 21, versets 28-32

 

Frères et Soeurs,

Savez-vous quel est le verset de l’Ancien Testament le plus cité dans le Nouveau Testament ?
« Ils ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre ».
Voilà quelle est la position de départ de l’homme face à Dieu : une position d’aveuglement et de surdité, une position de refus de Dieu.

Le péché de l’homme, fondamentalement c’est de se méfier de Dieu. De bien des manières. En le considérant au-dessus de moi comme un missile à tête chercheuse. Ou en le méprisant comme un vieux papy gâteux et nunuche qui pardonne tout de toute façon à la fin.

En fait, le refus de Dieu fondamentalement c’est de croire que Dieu veut notre mort. Faites un test : demandez à quelqu’un « veux-tu donner tes yeux à Dieu ? » Il y a de fortes chances qu’il réponde « mais je ne veux pas devenir aveugle ! ». Alors imaginez sa réaction si vous lui demandez « veux-tu donner ta vie pour Dieu ? » « Mais je ne veux pas mourir ! »

Le péché de l’homme c’est croire que Dieu lui veut du mal. Ou que le bien promis ne s’obtient qu’en pleurant, qu’en souffrant, qu’en se traînant par terre. C’est-à-dire que le bien ne s’obtient qu’après beaucoup de mal. On dit un petit oui à Dieu du bout des lèvres mais en fait notre cœur s’enfuit en courant parce qu’on ne comprend pas ce qu’il veut et qu’on a peur.
Ou pire : le péché de l’homme c’est de croire que Dieu ne fait rien car il ne peut rien. Que Dieu est impuissant et qu’à la fin nous irons quand même tous au paradis. Sans même y croire. Sans conversion. On dit alors que Dieu est « tout-puissant en amour » avec les mains jointes parce qu’en fait on pense secrètement qu’il est impuissant et faible et inefficace.

Dieu n’est pas un danger pour l’homme. Et Dieu n’est pas un spectateur impuissant face à la misère de l’homme.

Dieu est venu lui-même nous chercher. Alors que toute les religions du monde affirment que c’est l’homme qui cherche Dieu, les chrétiens croient et rappellent que c’est Dieu qui est venu chercher l’homme. C’est Dieu lui-même qui est venu combler la distance entre Dieu et nous. Saint Jean dit cela en deux phrases :
« Le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous. » Jn 1,14
« Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne meurt pas mais obtienne la vie éternelle » Jn 3,16

C’est cela le cœur de notre foi : Dieu est venu parmi nous en Jésus, vraiment homme et vraiment Dieu, et il est allé jusqu’au bout de l’amour sur la croix. La croix est le cœur de notre foi parce que la croix est le signe que Dieu est venu au cœur de la mêlée de notre monde et qu’il en est sorti vainqueur. Dieu n’est pas impuissant et faible puisqu’il est vainqueur définitif de la mort.

Regarder la croix devrait nous ouvrir les yeux et déboucher nos oreilles !
Regarder la croix devrait nous guérir les yeux pour voir enfin ce qu’on refusait de voir, c’est-à-dire notre péché, c’est-à-dire le pauvre, le malheureux qui est là, qui a besoin de nous. Dieu nous regarde Lui et il sait que nous avons besoin de Lui.
Regarder la croix devrait nous déboucher les oreilles pour entendre enfin ce qu’on refusait d’écouter, c’est-à-dire le cri du pécheur, la souffrance de notre cœur qui voudrait être avec Dieu mais qui se méfie de Lui. Un ami me disait un jour : « quand j’étais athée, je ne l’étais qu’avec ma tête et ma tête était glaciale alors que mon cœur et toute ma chair criaient au secours. Et moi je refusais de les entendre. »

Si Jésus a les bras ouverts sur la croix, c’est pour qu’on se jette dans ses bras. Voilà toute la vie chrétienne : se jeter dans les bras de Dieu sans calculer, sans se garder un peu, sans se reprendre, sans se regarder surtout ! mais en regardant Jésus.

On parle beaucoup de crise dans l’Église depuis des années. La plus grande crise dans l’Église serait de perdre la joie. Ce jour-là nous mettrons la clef sous la porte. Si nous perdons la joie que Dieu nous donne alors nous sommes perdus, alors le monde est perdu. Cette joie il y a beaucoup de lieux pour la retrouver dans la prière, dans les services tout simples mais il y en a un surtout qu’il ne faudrait pas déserter : c’est la confession. Le lieu du pardon et de la réconciliation.

J’étais peut-être naïf quand j’ai été ordonné en juin mais je pensais vraiment être débordé par les confessions et non par les réunions. Vous voyez le malaise depuis 3 mois ?

Or cet été, j’ai confessé une vingtaine de personnes dans des lieux improbables : sur des bancs, dans la rue et même assis sur un trottoir aux Feria de Dax. Et pour les deux tiers d’entre eux c’était la première confession de leur vie. Eh bien j’ai entendu des merveilles ! Et surtout j’ai vu des sourires magnifiques. Et je me disais : mais pourquoi attendre 20 ans, 30 ans, 40 ans pour recevoir ce pardon qui était offert gratuitement ? Pourquoi ? De quoi avons-nous peur ? Si nous avons eu une mauvaise expérience il y a des années, peut-être qu’il y a prescription aujourd’hui et qu’il serait peut-être temps d’essayer à nouveau ? Si vous n’êtes pas venus vous confesser depuis 20, 30, 40 ou 50 ans, sachez que le principe n’a pas changé : c’est toujours gratuit ! Alors puisque le Seigneur nous dit que les prostituées et les publicains précèdent tout le monde dans le Royaume de Dieu, prenez vous aussi le ticket coupe-file ! Venons recevoir le pardon qui nous est offert gratuitement. Et ici c’est ouvert tous les mercredis soirs et tous les samedis matins…

Mais la prière du jour me console. Lorsque nous avons prié ensemble au début de la messe : « Dieu qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié, sans te lasser, accorde-nous ta grâce »
Dieu prend patience. Dieu nous attend et Dieu a tout son temps car il est éternel.
Mais nous, qu’attendons-nous ? Nous ne sommes pas éternels ! Saint Augustin au début de sa vie chrétienne priait en disant : « Seigneur rends moi chaste… mais pas tout de suite ! » J’ai le sentiment que nous avons souvent cette prière : « Seigneur rends moi saint… mais pas tout de suite ! » « Seigneur je t’aime pour toute la vie… mais je n’ai pas envie de te prier 15 minutes ! » « Seigneur je veux te donner ma vie… mais pas mon dimanche matin »

Il ne suffit pas d’être croyant, il faut être pratiquant et aimant.
Allons plus loin. Il ne suffit même pas d’être croyant, pratiquant et aimant.
L’Église n’a pas vraiment besoin de gentils petits chrétiens, l’Eglise a besoin de saints et de saintes. Pas de nouvelles statues dans les églises mais des hommes et des femmes qui veulent que ça brûle dans leur cœur et dans le cœur des autres.

Alors demandons à Dieu de devenir des saints, demandons à Dieu de faire que mon voisin et ma voisine aussi deviennent des saints.
Soyons brûlants et mettons le feu à Tours !