Adieu boeufs et brebis! Bonjour Colombe!

Homélie du frère Nicolas pour la fête de la dédicace de la Basilique du Latran dimanche 9 novembre 2014

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean, chapitre, versets 13-22

 

Frères et sœurs,

Aujourd’hui avec Jésus, ça déménage ! Ça disperse ! Ça ventile ! Il renvoie tout le monde tout droit à la maison-mèreau terminus des prétentieux ! Jésus fait place nette. J’irai même plus loin : Jésus pratique l’assistance à personnes en danger. Comment en effet entrer dans un Temple il faut payer à chaque pas, il faut négocier, être performant, se mettre en valeur, en un mot : donner le change !

Vous vous ennuyez de temps en temps à la messe ? Tant mieux ! C’est fait pour : ici vous n’avez rien à faire, rien à prouver, vous pouvez tranquillement et sereinement vous laisser faire : Dieu prend tout en charge. Détendez-vous et laissez-vous aimer ! Gratuitement et totalement !

Mais voilà que notre Église catholique, la pauvre, au lieu d’être le lieu de la gratuité de l’amour est elle-même tentée par l’encombrement, par les obstacles à l’évangile, par des attitudes qui n’ont rien à voir avec ce que Dieu veut pour nous chrétiens.

Pour qu’il n’y ait pas de malentendus : quand je dis l’Église catholique, je ne parle pas seulement des évêques, des prêtres et des diacres, je parle de tous les baptisés. L’Église, c’est vous et c’est moi, l’Église, c’est aussi notre mère qui nous a donné la vie. Alors apprenons à l’aimer comme une mère sinon nous la tolérerons en soupirantcomme une belle-mère. Pardon pour toutes les belle-mères ici. L’Église, c’est nous. Et voici qu’en nous et autour de nous, le Seigneur Jésus aujourd’hui vient faire le ménage. Je vous aurai prévenus.

Dans notre cœur, Jésus va s’occuper premièrement des bœufs et des brebis.

Les bœufs chrétiens, bien placides, qui ruminent la tête dans la mangeoire au lieu de regarder le ciel. Voilà que dans un dîner, les convives crachent sur l’Église, toute la salade habituelle contre le Pape et les chrétiens, mais le bœuf catholique est là, content, il laisse faire tout en broutant sereinement. Meuh on m’invite à manger, je ne vais pas les déranger ! Meuh chacun pense ce qu’il veut ! Meuh qui suis-je pour dire quelque chose ? Meuh je ne suis qu’un bœuf. Chacun dans son pré et les brebis seront bien gardées !

Les brebis justement : la brebis, c’est mignon et tout innocent. Si j’étais Japonais, je dirai que c’est Kawaï. Dans l’évangile, le bon berger laisse tomber 99 brebis pour en retrouver une qui s’est perdue. C’est dire si nous sommes précieux ! Mais la brebis qui se perd, c’est aussi celle qui vous regarde avec ses grands yeux mouillés : Béé vous savez nous les brebis catholiques, on est vraiment nuls alors que tous ceux qui ne sont pas catholiques, ils sont formidables ! Béé vous savez pour nous c’est très dur de faire le bien alors que pour les autres, les non-catholiques, c’est si facile ! Elle est mignonne la brebis qui est toute perdue alors qu’elle a la Bible, les sacrements et la prière et les conseils de tous les autres chrétiens. Est-ce que la brebis pourrait du coup arrêter 2 secondes de se perdre maintenant qu’elle sait est la bergerie ? Est-ce que ce serait trop demander à la brebis nourrie, logée, blanchie, de devenir une sainte brebis et pas seulement une gentille petite brebis qui ne fait pas de bruit et qui se laisse tondre par ses contemporains qui sont pas si formidables ? Parce qu’en France, avec un tel troupeau de bœufs muets et de brebis perdues, je ne sais pas comment on va faire pour aider notre pays !

Maintenant Jésus occupe-toi des marchands et des changeurs de monnaie.

Le marchand en moi, c’est celui qui aime ce qui brille, ce qui claque, ce qui fait bien. Alors je négocie ma foi chrétienne avec le monde pour soit-disant mieux la vendre. J’abandonne tout ce qui déplaît à mes clients, tout ce qui remet en cause le petit confort car « le client a toujours raison ma bonne dame ». La croix ? Trop morbide, trop dure, pas assez vendeur pense le marchand ! La conversion ? Oh on fait le minimum et puis on ira tous au paradis nous garantit le marchand. La fidélité ? Pourquoi être fidèle, pourquoi se donner quand on peut toujours avoir de nouveaux choix, nous assure le changeur de monnaies.

Vous comprenez pourquoi Jésus fait place nette ? S’il renverse les comptoirs, s’il chasse les bœufs, les brebis, les marchands, les changeurs de monnaie en moi, c’est pour ramasser par terre une petite cage oubliée par le marchand, ouvrir la porte et libérer cette colombe que j’ai reçu le jour de mon baptême, cette présence en moi de l’Esprit Saint pour toujours, quoi que je fasse : Dieu a fait alliance avec moi et il ne reprendra pas Sa Parole. Dieu fait son œuvre en moi. Et il veut faire une œuvre grandiose, magnifique, unique, extraordinaire. Jésus pratique en mon coeur l’assistance à Colombe en danger. Regardez-la cette colombe qui déjà s’envole parce qu’elle est faite pour cela, elle est faite pour le Ciel. Et le Ciel cela commence à ras du sol, au premier battement d’ailes. Encore faudrait-il se bouger un peu les ailes pour s’envoler.

Frères et sœurs,

Le Christ nous a libérés. Nous sommes des pécheurs que le Christ a libérés ! Il n’est pas étonnant qu’il y ait en nous des bœufs, des brebis, des marchands, des changeurs, en un mot il n’est pas étonnant qu’il y ait des pécheurs dans l’Église. Ce qui est étonnant, c’est que tous les pécheurs ne sont pas encore dans l’Église. Alors pour l’amour de Dieu, ouvrez toute grande les portes de l’Église et par votre prière, par vos paroles et par vos actes : faites entrer chacun de vos proches, chacune des personnes que vous aimez, chaque homme et chaque femme que vous rencontrez. L’Église est aux dimensions du cœur de Dieu : immense, construite pour les multitudes. Amen.