Le jour se lève…

ciel-etoile

Homélie du frère Jean-Charles Rigot – Nuit de Noël – 24 décembre 2014

Alors que la nuit couvrait l’univers, voici que la parole de Dieu se fit entendre. Parole d’amour entre le Père et le Fils, parole portée par l’Esprit qui déjà agitait la surface des eaux. Au cœur même de cette Parole, Dieu modela l’homme et la femme à l’image de son amour et lui confia tout, tout ce qu’il avait créé. Et pourtant, ébloui par tant de dons, l’homme a choisi de porter la main sur ce qui lui semblait plus à portée, il a décidé de regarder à sa hauteur.

Dès lors, Dieu n’a cessé de parcourir les chemins du jardin des commencements, les chemins de notre terre pour retrouver l’homme. « Adam, où es-tu ? » appelle-t’il sans relâche. Et l’homme de répondre : « Me voici pour faire ta volonté », « plus jamais, nous n’irons loin de toi » avant de, petit à petit, reporter à nouveau son regard vers le pays de son voisin, l’or d’un autre.

Alors que la nuit couvrait le monde, un étoile apparut dans le ciel et un enfant est né dans une crèche. Sans bruit, sans grande manifestation. Qu’est ce que ça change ? Une étoile de plus dans le ciel, c’est comme un grain de sable ajouté sur la plage. Abraham lui même ne dirait pas le contraire. Une naissance de plus, ce n’est qu’un chiffre ajouté à une statistique. L’empereur Auguste ne le démentirai pas.

Et pourtant, une étoile peut tout changer, un enfant tout révolutionner. Encore faut-il aiguiser son regard, encore faut-il lui prêter attention. Ni Auguste, ni Quirinus, ni même Hérode, aucun des grands de ce monde n’a su reconnaître dans la pâle lueur d’une étoile le signe d’un grand événement pour notre monde. Les feux de leurs belles demeures les ont aveuglés, leur vin a émoussé leurs sens, leur pain les a assoupis. Ce seront les bergers habitués à vivre aux marges de notre monde, à tenir l’oreille attentive à ce qui se passe autour, à garder le regard porté sur le ciel dans l’espérance qu’un soleil se lèvera bientôt, oui, ce sont ces bergers rejetés par tous qui seront accueillis à la crèche, au pied de la mangeoire par Celui que le monde rejetait déjà.

Parce qu’une jeune femme aura su entendre la Parole de Dieu et la laisser grandir en son cœur, parce qu’un homme aura su la protéger, parce que des bergers ont su être attentifs, celui qui n’avait pas sa place a Bethléem est devenu pain de vie et salut offert au monde.

C’est au cœur de cette nuit-là que la voix de Dieu a retenti, une fois encore, comme pour nous créer à nouveau, pour nous créer enfin. À travers les gazouillis d’un tout petit, la Parole éternelle du Dieu tout puissant s’est faite chair, par amour pour notre humanité, par amour pour chacun de nous.

Le silence de la mort n’a plus prise sur cette nuit. À peine ont retenti les cris du nouveau né que déjà l’acclamation des anges résonnait. Et face à cette joie qui les submerge, les jeunes parents et les bergers se répondent mutuellement : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu » « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes, qu’il aime »

Frères et sœurs, en cette nuit de Noël, c’est Dieu encore et toujours qui nous appelle, qui nous convoque à la crèche. Il nous invite à le retrouver pauvre parmi les pauvres, fragile parmi les exclus. Ici, plus personne n’est digne ou indigne. Nous sommes seulement invités à nous mettre en route, à la rencontre de notre Dieu, à la découverte de nos frères.