Prendre le temps

Prier

Homélie du frère Nicolas, 16e dimanche du Temps Ordinaire

Frères et sœurs,

Imaginez vous comme Abraham dans le désert. C’est l’heure la plus chaude de la journée. Vous distinguez trois hommes qui viennent à votre rencontre. Dans le désert, il n’y a rien. Vous avez donc le temps de voir arriver celui qui vient de loin : vais-je fuir ou vais-je l’accueillir avec un cœur disponible ? Ces trois étrangers mystérieux qui sont arrivés à une heure où normalement personne ne marche dans le désert, viennent-ils en amis ou en ennemis ? Vais-je fuir ou vais-je les accueillir avec un cœur disponible ?

Nous pourrions dire qu’Abraham est une Marthe qui a réussi : certes il s’agite dans tous les sens, il court vers les étrangers pour les accueillir, il court trouver Sara dans la tente puis il court vers son troupeau enfin il retourne en courant servir ses hôtes. Il s’agite mais lorsqu’il se pose, il entend enfin la phrase qu’il a attendu depuis des années : « Sara, ta femme, aura un fils » ! Abraham a rencontré Dieu en lui offrant l’hospitalité.

Quel est donc le tort de notre pauvre Marthe qui « se donne du souci et s’agite pour bien des choses » ? Cet évangile est en général peu apprécié des mères de famille. Ça ne passe pas du tout ! Quel est le problème de Marthe ? Elle ne se réjouit pas de servir mais fait un reproche au Seigneur : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? » Le tort de Marthe n’est-il pas là ? Ce reproche révèle un cœur indisponible ou en tout cas soucieux et agité. Un cœur qui n’est pas encore libre et joyeux. Mais ne chargeons pas trop la barque non plus : Marthe est devenue sainte Marthe. Elle a donc quelques mérites. Cependant, « Marie a choisi la meilleure part. » Le Christ veut-il nous dire qu’il ne faut donc rien faire ? Faut-il donc arrêter de servir ?

Prenons au sérieux cette question. Et si le premier désir du Seigneur était de passer du temps avec nous cœur à cœur ? Jésus n’a passé que quelques années parmi ses amis : son désir le plus cher était donc de leur parler, de les enseigner, de leur transmettre son évangile avant sa mort et sa résurrection. Pardonnez-moi l’image trivial : et si le premier désir du Seigneur était de partager l’apéritif avec nous puis tous ensemble nous préparerons le repas avec lui ?

Prenons du temps avec le Seigneur, cœur à cœur. Il est peut-être possible d’être un chrétien très charitable sans prier mais sans prière la foi est si fragile. Combien de chrétiens généreux finissent-ils déçus et amers après des années de service ? Nous le savons : il est difficile de durer sans durcir ! La prière nous adoucit le cœur, nous transforme peu à peu à l’image de Jésus « doux et humble de cœur. »

Prenons du temps avec le Seigneur, chaque jour, cœur à cœur. Comment donner sans avoir pris la peine de recevoir ? Comment parler sans avoir pris le temps d’écouter ? Et si le temps de vacances devenait alors un véritable temps de repos : repos dans le Seigneur, repos avec le Seigneur. Et si ces quelques minutes par jour, offertes à Dieu, nous apprenaient à être libres vis-à-vis de notre temps ? Un proverbe africain dit que l’homme blanc a une montre mais n’a jamais le temps. Le temps n’est pas un stock de minutes à rentabiliser mais la seule chose que je peux offrir à Dieu pour qu’il en fasse ce qu’il veut pour moi et pour le monde. Offrir du temps pour apprendre petit à petit à offrir ma vie.

Concrètement, quel temps ai-je envie d’offrir à Dieu chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque trimestre, chaque année ? À Dieu mais aussi à ceux que j’aime ainsi qu’à mes prochains, ces visiteurs mystérieux qui viendront peut-être me déranger à l’heure la plus chaude du jour.

Vous l’avez entendu : Abraham après son service se pose enfin auprès de ces mystérieux visiteurs pour entendre la plus belle des promesses. Nous, nous sommes appelés d’abord à nous poser, à nous reposer auprès du Seigneur pour l’écouter puis pour nous laisser servir par lui. N’est-ce pas le sens profond de la messe ? Le jeudi saint, au cours du dernier repas, Jésus rassembla ses disciples, leur parla longuement, leur lava les pieds, il prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples, il prit la coupe remplie de vin , la bénit et la donna à ses disciples.

Pour nous, le Seigneur Jésus va dresser la table et va se faire lui-même notre nourriture, notre pain de ce jour. Il se donne vraiment à nous corps et sang pour nous apprendre dimanche après dimanche à nous donner vraiment. Amen.