Nouveau départ

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Homélie du frère Nicolas Burle, dimanche 11 septembre 2016

 

Frères et sœurs,

Je sais que vous êtes déjà très fatigués et que le capital repos-détente des vacances est bien entamé alors nous allons méditer sur des notions toutes simples aujourd’hui. Je vous propose de réfléchir ensemble ce matin sur l’articulation entre la justice de Dieu et sa miséricorde. Rassurez-vous ce n’est pas si compliqué ! En revanche, c’est notre vie éternelle qui est en jeu… Soyez donc attentifs !

Une première façon serait de comprendre la miséricorde comme une sorte de grâce présidentielle. En toute justice, tous les hommes sont coupables devant Dieu mais lui déciderait, par miséricorde, par bonté, par bon plaisir, de nous pardonner quand même. Vous avez ainsi écouté le livre de l’Exode qui semble nous donner cette vision bien claire de la justice de Dieu. Les hommes sont corrompus, ils s’écartent du chemin du Seigneur et font le mal – ici un veau d’or devant lequel ils se prosternent. Face à cette faute, la justice de Dieu menace de s’abattre implacable sur les coupables pour les exterminer. Mais Moïse surgit sur la brèche pour apaiser le visage du Seigneur et « le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple ». Ouf ! L’histoire continue ! Le problème dans cette vision, c’est que si nous la poussons au bout, elle n’est pas logique. Comment la miséricorde de Dieu pourrait s’opposer radicalement à la justice de Dieu ? Serions-nous suspendus au bon plaisir de notre Dieu sans savoir s’il va nous juger ou s’il va nous faire miséricorde ? Comment la miséricorde et la justice peuvent être contradictoires alors qu’elles viennent toutes les deux de Dieu ?

Ce n’est pas ainsi que le Seigneur a révélé sa miséricorde.

Ecoutons Paul à nouveau : « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs. Mais s’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui, en vue de la vie éternelle. »

Il m’a été fait miséricorde. Dieu nous a déjà fait miséricorde frères et sœurs. Sur la croix il a tout pardonné toutes les fautes, toutes les offenses, il a effacé toutes les dettes. En faisant miséricorde à Paul qui était autrefois blasphémateur, persécuteur, violent, Dieu n’a pas agi contre sa propre justice qui devait condamner Paul mais il a accompli pleinement la justice. Pardonner, c’est donner librement et Dieu a tout donné à Paul pour qu’il se convertisse et qu’il devienne maintenant saint Paul.

Sur la croix, Dieu a tout pardonné. Et maintenant il va nous juger sur notre réponse à sa miséricorde. « S’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui, en vue de la vie éternelle. » Paul a pris au sérieux le pardon de Jésus. Et nous, que faisons-nous de la miséricorde de Dieu dans notre vie ? Est-ce que nous nous réjouissons d’être la brebis retrouvée par Dieu ? Est-ce que nous nous réjouissons d’avoir été retrouvée par Dieu comme cette pièce d’argent perdue ? Sommes-nous miséricordieux comme Dieu est miséricordieux ? C’est-à-dire avons-nous pardonné et demandé pardon de tout notre cœur ? Saint Augustin affirmait : « Il y a le temps où Dieu fait miséricorde, plus tard ce sera le temps du jugement » À notre mort, nous serons jugés sur l’amour frère et sœurs alors il est urgent d’aimer.

Dieu est en colère contre le peuple des Hébreux car il leur avait déjà fait miséricorde : il les a délivrés de l’Egypte, il leur a fait traverser la mer rouge à pieds secs et les voici qui se détournent à nouveau de lui pour adorer un veau d’or comme ces faux-dieux que les Egyptiens adoraient. Ce n’est pas la miséricorde de Dieu qui se retire du pécheur, c’est le pécheur qui s’est retiré loin de la miséricorde. Dieu ne change pas, c’est nous qui changeons et qui nous tenons loin de l’amour. Ce n’est pas Dieu qui a oublié l’homme, c’est l’homme qui s’est perdu dans l’oubli de Dieu. Dieu ne peut nous sauver malgré nous. Quand le pécheur s’enferme dans son péché, il rejette de fait la miséricorde divine, il la repousse, ne donnant prise qu’à ce que la Bible appelle la colère de Dieu. Il cesse alors d’appartenir au monde des vivants. Son coeur est mort avant que lui-même meurt éternellement. Bernanos disait ainsi : « L’enfer, c’est de ne plus aimer. Tant que nous sommes en vie, nous pouvons nous faire illusion, croire que nous aimons par nos propres forces, que nous aimons hors de Dieu. Mais nous ressemblons alors à des fous qui tendent les bras vers le reflet de la lune dans l’eau. »

Dieu ne se lasse jamais de pardonner, c’est nous qui nous lassons de demander pardon. Alors je vous invite à revenir auprès du Seigneur et à faire un grand ménage de rentrée en vous confessant. Place nette pour cette nouvelle année ! N’ayons pas peur de venir recevoir la miséricorde de Dieu pour être à notre tour miséricordieux. Que signifie être miséricordieux ? Je vous donne un exemple. Dans le scoutisme, il existe un cérémonial du départ routier. C’est un dialogue entre le chef et un jeune homme qui achève ses années de scoutisme. Son chef lui pose un certain nombre de questions dont celle-ci : « As-tu compris, à travers tes défaillances, que tu n’as pas à condamner les hommes, mais que tu leur dois la bienveillance que Dieu Lui-même te prodigue? Promets-tu de rechercher dans les autres, pour la gloire de Dieu, ce qu’ils ont de bon, et de les aimer pour son amour, avec leurs défauts et leurs imperfections? »

Si nous répondons oui à ces deux questions, nous prendrons un bon départ pour cette année.