Veillez !

Homélie du frère Benoît Vandeputte, 1er dimanche de l’Avent, 3 décembre 2017

Pour le premier dimanche de l’Avent, la Parole de Dieu nous propose de l’ancien et du neuf.

L’ancien ?
Dieu nous est présenté par le prophète Isaïe comme le Libérateur. En cela, il est très traditionnel. L’explication est donnée par le psaume que le fr. Nicolas a chanté.
Que faire quand tout va mal ? Que la souffrance nous broie ? Que l’angoisse nous étreint ? Que l’impasse nous enferme ?
Que faire sinon nous souvenir et nous apaiser, rassurer, consoler en faisant appel au passé ?
Ici, l’action de Dieu lui-même “à main forte et à bras étendu” pour tirer son Peuple de la servitude d’Égypte. Le psaume nous parle alors de la vigne qu’à planté la”main puissante” de Dieu…
Et pour faire le lien avec ce qu’ils vivent à ce moment là, alors qu’ils sont conquis ou en exil, le psalmiste évoque les chérubins, les Kéroubim : ces créatures spirituelles dont le nom signifie “celui qui prie”, ou encore “celui qui communique”. Les Hébreux ont été les chercher en Assyrie : corps de taureau, tête d’homme couronné, barbe fleurie…
Prendre à l’adversaire ses intermédiaires…
Il est toujours bon d’avoir des entremetteurs qui parlent pour nous, ou nous rassurent face à l’épreuve.

Le neuf ?
C’est Dieu appelé “Père” !
D’autres en faisaient ou en feront autant :
Par exemple, Odin, père de toute chose, d’une multitude de rejetons… Géniteur !
Le Père dont parle Isaïe n’est pas géniteur.
Il est père à la manière d’un potier.
Il façonne…avec sa main.
Comme un artisan, ou un artiste.
Pas un géniteur mais celui qui nous propose une relation …filiale.
Relation : interaction entre Lui et nous.
Filiale : Créatrice et dépendante

Quel sera alors le rapport entre l’Évangile de saint Marc, notre vie et l’Avent ?
La veille !
Il a au moins trois sens à ce verbe :
ne pas dormir, surveiller, et prendre soin.
Ce dernier sens, celui que je vous invite à retenir aujourd’hui, est sans doute ce qui constitue le plus intime et le plus profond dans une relation filiale. Qui manifeste le plus d’humanité et de fraternité.
C’est la veille du père – de la mère- sur son enfant.
C’est la veille de l’enfant, sur le vieillard.
Au deux extrémités de la vie, c’est le même soin apporté : ici à la vie qui croît, là à la vie qui s’annonce et qui vient. Nous l’avons vécu hier, lors des obsèques de notre frère Bernard-Marie, dans les mots même de notre frère prieur.
Cette veille-là est véritablement Pascale !
Cet Avent nous ramène déjà au moment qui fonde tout, duquel toute notre foi dépend.
Les Américains qui veillent un corps ne disent pas veillée, ils appellent ce moment a wake, un éveil, un réveil : magnifique intuition !

Relisons donc maintenant l’Évangile de Marc :
Veillez donc !
– Au chant du coq… Avant qu’il ne chante trois fois ?
– Le matin… Quand l’obscurité se fait en plein midi et que tremble la terre ; alors que se déchire le rideau du temple et que Jésus expire ?
– Il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormi… Comme à Gethsemani ?
Veillez…
Ce n’est pas une mission.
C’est le fruit de l’intelligence et une qualité du cœur.
Amen