Ose le désert !

Homélie du dimanche 10 décembre, par frère Jean-Charles Rigot
2ème dimanche de l’Avent – Lectures de la messe

Nous avons commencé l’avent depuis déjà une semaine. Encore 15 jours et nous fêterons Noël et pourtant, nous commençons tout juste l’évangile. Et même Isaïe dans la première lecture nous avertit : Dieu vient, il faut lui préparer la route.

Alors, c’est une bonne nouvelle, pour tous. Pour ceux qui se sont mis en route et qui, dans la multiplicité des activités de ces semaines ont peut être remis à plus tard la progression de l’avent. Pour ceux qui ne sont pas encore mis en route aussi. C’est le moment, c’est l’heure favorable : voici qu’il approche, votre Dieu, Lui qui ne cesse jamais de vous aimer.

Et c’est une drôle de figure qui nous convoque aux grands travaux : Jean-Baptiste. Vêtu comme un vagabond, ne sentant sans doute pas la rose, parlant fort, ce n’est probablement pas le convive le plus habituel de nos dîners. A vrai dire, c’est plutôt lui qui nous invite, qui nous convoque à nous bouger, à nous mettre en route. Et si nous ne l’avons pas choisi, c’est Dieu lui-même qui l’a appelé et qui Jean-Baptiste qui nous appelle chacun à son tour. « Voici venir derrière moi, Celui qui est plus grand que moi »

Autrement dit, la mission de précurseur, celle de prophète dépasse de loin ce que Jean-Baptiste peut faire malgré toute son énergie et son enthousiasme. Il a besoin de nous, de chacun. Peut importe la force de nos bras ou de nos jambes, c’est par notre cœur qu’il agira.

Et pour cela, nous allons devoir ouvrir la porte de cet oratoire, la porte de notre maison et partir à pied. Ni en voiture, encore moins en avion, mais à pied pour prendre le temps de préparer la route, de la voir, de rencontrer ceux qui l’empruntent également ou qui regardent passer les voyageurs.

C’est une belle route qui s’offre à nous. Belle, mais pas toujours simple, puisqu’elle traverse le désert de nos vies, de nos villes, de nos cœurs. C’est ce désert là, avant tout, que nous devons affronter. Jésus a passé 30 ans à Nazareth avant de prêcher 3 ans. Saint Dominique a passé passé 15 ans dans le sud de la France, seul au milieu des cathares, avant de fonder l’Ordre dans lequel il passera 4 ans. C’est dans le désert de l’Azekrem, que Charles de Foucauld tirera l’eau vive de sa rencontre avec son Seigneur. Et au cœur de la tourmente de Silouane, sur le mont Athos, le Christ apparaîtra pour l’inviter à tenir son esprit en enfer et ne pas désespérer.

Notre enfer ce matin, notre désert, c’est le lieu de nos faiblesses, de nos doutes, de nos solitudes. Sans doute, une sorte de décharge de notre âme, où nous reléguons les faces les moins convenables de notre vie. Et c’est là que Jésus nous envoie aujourd’hui, dans notre propre cœur, comme dans le cœur du monde. Parce que c’est là qu’il veut naître, là, avec ceux que le monde rejette, dans l’atmosphère sans doute un peu moite de la crèche. Il veut habiter nos faiblesses pour être notre force.