Elle est belle votre crèche !

Homélie du frère Christian-Marie Donet – Nuit de la Nativité du Seigneur 2017

Elle est belle votre crèche ! Même si ça fait un accro à mon humilité, qui n’est déjà pas en bon état, je dois reconnaitre qu’elle n’est pas mal. Simple, mais belle. Mais ça fait un brin romantique. En effet, on pourrait oublier en voyant cette représentation, que la crèche originale, c’était une étable. Un lieu où vivent les bêtes, pas trop un endroit pour mettre un enfant qui vient de naitre et sa mère. Souvenons-nous cependant qu’autrefois, dans bien des contrées, la promiscuité entre les personnes et les animaux était mieux tolérée qu’aujourd’hui. En disant cela, je veux aussi relativiser le coté scandaleux que des citadins du XXIème siècle pourraient trouver à cette situation.

Je lisais ce matin un commentaire qui m’a amené à réviser moi aussi ma copie. C’est une fiche pour l’éveil à la foi des enfants alors si c’est bon pour eux, c’est bon pour nous. Il y est expliqué qu’il ne faut pas imaginer que Joseph n’a pas pu trouver l’hospitalité chez des gens sans cœur, dans une ville surpeuplée pour abriter sa femme enceinte. La salle commune était certainement occupée par les autres voyageurs venus eux aussi se faire recenser comme Joseph et Marie. Ils ne sont pas forcément des milliers, mais même pour un petit bourg comme Bethléem, ça peut quand même faire du monde. Et voilà que marie va accouchée, alors le remue-ménage causé par l’évènement pourrait déranger les autres convives. Mais surtout une femme qui accouche contracte selon la loi de Moise une impureté rituelle, que Marie risquerait de transmettre par contact, elle n’a donc pas sa place avec tout le monde.

Ça casse un peu le mythe du jeune couple en détresse, cherchant désespérément un refuge dans l’urgence. Et ça me couple l’herbe sous le pied pour mon petit couplet sur la nécessité du droit d’asile et l’accueil des sans-abris. Et pourtant, même en dédramatisant les choses, il est à noter que toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existées n’est pas fortuite et que nous ne sommes pas dans une fiction. Si Marie et Joseph se retrouvent à Bethléem, la lecture spirituelle nous parle bien de l’accomplissement de la prophétie de Michée sur la naissance du Messie. Soit ! Mais ils n’ont pas décidés ce voyage par eux-mêmes, ils se sont lancés dans ce long voyage pour répondre à l’ordre d’un despote qui veut connaitre le nombre de ses peuples, l’étendue de son pouvoir et de sa richesse. Alors pour assouvir ces besoins, des centaines de personnes se mettent en route, chacun vers le lieu de son origine pour le recensement. Aujourd’hui on pourrait dire que des milliers de personnes se mettent plutôt en route pour fuir les lieux de leur origine, mais toujours victimes du même genre de despotes.

Marie et Joseph ne sont peut-être pas à la dernière extrémité en se réfugiant dans l’étable de Bethléem, ils sont cependant privés de la tranquillité, qui aurait pu permettre à Marie d’accoucher paisiblement dans sa petite maison de Nazareth. Mais DIEU ne craint pas de venir dans l’inconfort. C’est le cours de l’histoire humaine qui se déroule et voilà que dans et par cette histoire mouvementée, DIEU va accomplir son dessein. Il en sera de même quelques 30 années plus tard, quand Jésus sera crucifié, il réalisera pleinement le dessein du Père : en mourant, il sauve ceux qui le font mourir. Face à tous ceux qui veulent imposer leur loi par la force, la violence, le pouvoir et l’argent, DIEU, en Jésus se présente comme un enfant fragile qui vient dans la nuit, le Tout-Puissant s’incline devant ceux qui veulent dominer.

Et le paradoxe ne s’arrête pas là.

Le prophète Isaïe, nous dit : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Et cette lumière, nous comprenons que c’est un enfant né dans la nuit et couché dans une mangeoire. Ça n’a pas dû faire beaucoup d’éblouissement car les anges doivent le relais pour faire connaitre la nouvelle. Bon les ténèbres dans la nuit de Bethléem, on peut imaginer. Mais aujourd’hui ! Je suppose que comme moi, vous vous êtes baladés dans les rues de Tours ou d’ailleurs. Vous avez déambulés au milieu des badauds, des foules d’acheteurs, au milieu des rues éclairées par des vitrines étincelantes, des boutiques illuminées. Alors une lumière aussi faible que celle des crèches au fonds des églises et des chapelles pourrait–elle rivalisée ? On peut être démoralisé, se plaindre que Noël est devenue une fête pour les marchands et que la seule trêve qui soit respectée est celle des confiseurs… Je crois que cette soif de consommer cache pourtant un désir profond de faire plaisir. Beaucoup se cassent la tête pour savoir quel cadeau offrir, comment procurer de la joie, réussir son repas de fête. Un grand nombre est à l’affut de la magie de Noël, de l’esprit de Noël, mais éblouis par la féérie. Tous ces gens ont un besoin qu’ils ne connaissent pas bien encore, ils attendent, comme nous le rappelle saint Paul, « que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ ». Ils n’ont sans doute pas et pas plus que nous, « renoncé à l’impiété et aux convoitises de ce monde, à vivre dans le temps de manière raisonnable, avec justice et piété ». Mais ils sont, nous sommes faits pour cela ; et c’est le cadeau que DIEU le Père nous offre en nous donnant son Fils.

Au cœur des ténèbres de notre temps, une lumière peut resplendir. La bonne nouvelle publiée par l’ange est toujours pertinente pour nos contemporains. Prenons le relais, annonçons la naissance du sauveur attendu, cette nuit, demain, dans ce temps de Noël, conduisons quelqu’un vers celui qui est la lumière des nations.

Célébrons encore et toujours la Nativité du Seigneur Jésus-Christ notre Sauveur. Nous pouvons continuer à nous émerveiller, car la crèche est le symbole de don de DIEU pour l’humanité, elle manifeste que le dessein du Créateur se réalise encore et toujours. Mais elle révèle aussi que DIEU n’agit pas sans médiation humaine, il requiert notre humanité, elle lui est nécessaire. Oui, elle est belle la crèche !