Homélie du dimanche 29 juillet 2018 de frère Christian-Marie Donet

Combien de fois ai-je participé à la célébration eucharistique du 17ème dimanche du temps ordinaire de l’année B ? Plusieurs fois incontestablement et je n’avais pas entendu ces versets du Deuxième Livre des Rois. 3 versets qui nous racontent que la Parole de DIEU, transmise par le prophète Elisée, préfigure ce passage de l’Évangile de Jean. Ces trois versets nous éclairent et nous aident à comprendre pourquoi à la vue des signes accomplis par Jésus les gens disaient : « C’est lui le grand prophète, celui qui doit venir dans le monde. »

Mais nous pouvons aller plus loin que cette foule car si au temps d’Elisée, c’était l’homme de DIEU qui parlait, qui annonçait la Parole. Avec Jésus, c’est l’Homme-DIEU qui agit, la Parole de DIEU à l’œuvre dans le monde.

Jésus a dit un jour qu’il était venu accomplir les Ecritures. Et bien, ce passage de l’Evangile de Jean nous montre par ce récit dit de la multiplication des pains, que Jésus réalise en beaucoup plus grand ce qu’avait fait Elisée. L’un avait nourri 100 personnes avec 20 pains et il en resta ; Jésus nourrit 5000 hommes (et combien de femmes et d’enfants ?) avec 5 pains et deux poissons, et il en reste douze corbeilles ! Encore une autre chose. Jésus dit de faire asseoir les gens. « Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. » Pourquoi Jean donne-t-il ce détail qui peut paraître insignifiant ? Ecoutons le Ps 23 : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. » Nous savons aujourd’hui que Jésus est vrai homme et vrai DIEU, ces deux éléments nous permettent de mieux le comprendre.

 

Ces textes nous donnent un autre enseignement et particulièrement le passage de l’Évangile : la Parole de DIEU est efficace. Il faut le croire, mais il ne faut pas se tromper sur le sens de cette efficacité.

Jésus demande à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » et Philippe répond : «Le salaire de 200 journées ne suffirait pas pour que chacun est un peu de pain. » Jésus commence en se situant au niveau humain : où acheter ? ; Philippe répond au même niveau : le salaire. Il serait donc question d’argent et alors le problème semble insoluble.

André annonce qu’un jeune garçon a 5 pains et 2 poissons. C’est bien peu et pourtant c’est ce ‘’peu’’ là que Jésus va leur montrer que nourrir une foule immense n’est pas une question d’argent mais de foi et d’amour.

Il existe aujourd’hui dans notre monde, des prophètes de malheur qui prétendent que la population mondiale est trop nombreuse et que la planète ne permet pas de pouvoir nourrir tout le monde. Faux prophètes que beaucoup écoutent. Et pourtant. Le désert s’accroît c’est vrai, mais en Europe la forêt et les friches se développent, faute de bras pour cultiver, et les sols s’épuisent. La forêt tropicale diminue car détruire le poumon de la planète génère beaucoup de profits financiers. Les surproductions sont détruites pour maintenir le niveau du cours des prix des marchandises pendant que des gens meurent de faim, et parfois juste à côté…

Notre cuisinière me reproche souvent d’avoir peur de manquer. C’est possible, car comme la plupart des personnes qui ont connu la faim et les privations, je fais attention. Mais Jésus, en demandant que les morceaux en surplus soient ramassés pour que rien ne se perde, nous montre que DIEU n’aime pas le gaspillage. Mais bien plus que de ne pas avoir assez de purée dans mon assiette (on est jamais mort de faim dans un couvent dominicain), ce que je crains surtout, c’est que les hommes oublient DIEU et alors qu’ils oublient leurs frères et sœurs en humanité. DIEU, nous a donné la Création pour que nous en partagions les richesses, pas pour tout accaparer pour soi. C’est un état d’esprit qu’il faut changer.

Voyez comment Jésus procède : il prend les offrandes, rend grâce, il se tourne vers DIEU et il les partage. C’est ce que nous allons faire dans notre Eucharistie. Les offrandes symbolisées par notre don à la quête, le pain et le vin « fruits de la terre et du travail des hommes ». Ensuite Jésus se retirera au tabernacle comme il se retirait dans la solitude de la montagne pour être en communion avec le Père. Et il nous envoie pour que notre prière, notre action de grâce, notre Eucharistie rejaillissent, sur le monde, en surabondance de grâce.

Amen.