Sauvés par la Parole

Homélie du frère Nicolas Burle – 2 septembre 2018

Frères et sœurs,

C’est la rentrée ! Comme chaque année, nous cherchons peut-être des résolutions. Cela tombe bien, le psaume nous en offre une : « Celui qui se conduit parfaitement met un frein à sa langue. »

Voilà une excellente résolution pour la rentrée : ne pas dire du mal, ne pas émettre des jugements à l’emporte-pièce, ne pas blesser par des paroles d’ironie ou de colère. Car nous pouvons faire beaucoup de mal par nos paroles. On raconte ainsi une histoire arrivée à saint Philippe Néri, prêtre à Rome au XVIe siècle. Une femme, désolé dans l’histoire c’est une femme mais nous savons bien que cela aurait pu être un homme, vient s’accuser chaque jour de médisance en confession. Saint Philippe Néri, excédé, en vient un jour à lui demander pour pénitence d’aller plumer une poule sur la colline du Capitole puis de revenir.

« Voilà Père j’ai accompli ma pénitence. »
« Très bien ma fille. Maintenant vous allez ramasser les plumes »
« Mais enfin Père c’est impossible ! Tout s’est envolé ! »
« Il en est de même pour toutes vos paroles mauvaises. Vous ne pouvez plus les rattraper. Alors arrêtez ! »

C’est du dedans du cœur de l’homme que sortent les pensée perverses. Ce qui est mauvais vient du fond de moi-même, des entrailles obscures de mon péché. Notre premier combat est donc d’empêcher ces mauvaises choses de sortir par notre bouche, sinon ma bouche devient un égout qui déverse toutes ses impuretés. Et ces impuretés se multiplient jusqu’à échapper à tout contrôle. Comment mettre un frein à sa langue ? Comment savoir si notre parole est mauvaise ? Je vous transmets ce que j’ai moi-même reçu de mon père-maître quand j’étais frère étudiant. Un critère bien pratique : « Est-ce que nous dirions la même chose si la personne était là ? » Si la réponse est non alors il convient d’arrêter ou de changer radicalement de ton.

Mais il ne suffit pas de lutter contre le mal, il faut également choisir le bien.
« Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. »

Voilà une deuxième résolution de rentrée. Accueillir dans la douceur la Parole semée en nous. Comment la Parole de Dieu peut-elle sauver nos âmes ? C’est une histoire arrivée cette fois-ci à deux moines dans le désert en Egypte au IVe siècle. Un jeune novice vint voir Abba Poemen un vieux moine très sage. « Abba pourquoi devons-nous lire la Bible ? » « Entre dans la grotte où se tient mon ermitage. Tu vois cette cuve creusée dans la roche et remplie d’eau. D’où vient-elle ? De l’eau tombée goutte à goutte sur le rocher. L’eau est douce et la pierre est dure. Pourtant l’eau parvient à creuser le rocher. De même la Parole de Dieu est douce et notre cœur est dur. Pourtant elle parvient à creuser dans notre cœur une place salutaire pour le Seigneur. »

Et si nous prenions le temps d’écouter la Parole de Dieu cette année ? Au moins lire l’évangile du jour ? Ou un chapitre d’une évangile chaque jour ? Une goutte par jour. On ne peut aimer que ce que l’on connaît. Comment pouvons-nous aimer Jésus si nous ne le connaissons pas ? Si nous ne nous mettons pas à l’écoute de ce qu’il dit ? Ne soyons pas « Ce peuple qui honore des lèvres mais dont le cœur est loin de Dieu. » Il ne suffit pas de ne pas maudire encore faut-il bénir ! Il ne suffit pas de taire les paroles de mort en nous, encore faut-il accueillir en nous la Parole de Vie. Mais il ne suffit même pas d’accueillir en nous la Parole de Vie, encore faut-il en vivre.

Voici donc notre troisième résolution de rentrée : « Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. »

Nous sommes les disciples de Jésus, le Verbe incarné, la Parole faite chair. Nos paroles doivent donc correspondre de plus en plus à nos actes. Et nos actes à nos paroles. Nous devons incarner ce que nous disons. Sinon ces paroles sont des paroles en l’air. Devenir un saint, une sainte, c’est non seulement faire ce que je dis et dire ce que je fais mais c’est surtout accorder mes paroles et mes actes à l’évangile. Vivre selon l’évangile, en paroles et en actes. Vivre selon l’évangile en prononçant des paroles de charité et en posant des actes de charité. Demandons au Seigneur des idées si nous manquons d’imagination.

Nous sommes les disciples de Jésus, le Verbe incarné, la Parole faite chair. Prenons donc au sérieux les paroles qu’il a lui-même prononcées : « Ceci est mon corps livré pour vous, ceci est mon sang versé pour vous. » Paroles non seulement prononcées mais accomplies sur la croix. Jésus se donne à nous réellement en cette eucharistie. Ce qui sort de l’homme voilà ce qui rend l’homme impur. Seule l’hostie qui est extérieure à nous mais qui entre en nous peut nous rendre purs en purifiant notre corps, notre cœur, notre intelligence et notre âme. Car le Seigneur est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons. Amen.