Quelle guérison ?

Le récit de la guérison de Bartimée, opérée par Jésus aux portes de Jéricho, m’a rappelé que la première guérison opérée en ce lieu, dans ce salon de M. Dupont qui deviendra ensuite l’oratoire de la Sainte Face, toucha une jeune fille qui souffrait des yeux. En voici le récit par M. Dupont :

 Le samedi saint1, Notre-Seigneur commença à faire connaître ses intentions, et voici comment. Je reçus la visite d’une très pieuse personne, Melle X…, que je connaissais et qui avait les yeux très malades ; elle entra dans ma chambre, se plaignant vivement de douleurs poignantes aux yeux, par suite du vent froid qui soufflait et remplissait l’air de poussière. Elle venait chez moi pour affaire. Étant alors occupé à écrire, je l’invitai à prier la Sainte Face en m’attendant un moment. Elle en profita pour demander sa guérison. Bientôt je me joins à elle, je m’agenouille et nous faisons ensemble une prière. En me relevant, il me vint la pensée de lui dire : « Mettez un peu d’huile de cette lampe sur vos yeux. » Elle trempa son doigt dans l’huile, se frotta les yeux, et , en prenant une chaise pour s’asseoir, elle disait toute émerveillée : « Mes yeux ne me font plus mal ! » La visite faite, il fallut lui donner un peu d’huile car elle partait pour Richelieu sa résidence ordinaire…  Les prodiges se multiplièrent, je n’entreprends pas d’entrer dans le détail des guérisons opérées avec l’huile : des cancers, des ulcères intérieurs et extérieurs, des cataractes, des ankyloses, des surdités, etc… Mais ce qui prouve surtout que la grâce agit, c’est que tout ce monde comprend que les neuvaines de prières et les onctions d’huile s’achèvent par la confession et la communion.

La similitude avec le récit de saint Marc vient de la demande de guérison faisant suite à la reconnaissance de sa faiblesse, de sa maladie, de sa détresse.

Vous pensez peut-être que, selon l’expression populaire : « Demandez à un aveugle s’il veut retrouver la vue ! », la réponse de Bartimée fut tout à fait évidente quand Jésus lui demanda : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Eh bien, au risque de paraître dur, l’expérience montre que, plus ou moins consciemment, certains malades ne souhaitent pas guérir ; ou bien ne peuvent pas guérir, et cela ne remet pas en cause la puissance de Dieu. Le processus de guérison peut prendre du temps.

Mais Bartimée est déterminé dans sa demande et dans sa démarche. Il ose crier, se manifester, il interpelle Jésus même lorsque la foule le rabroue et lui intime de se taire. Il veut que Jésus fasse quelque chose pour lui, pauvre aveugle au bord du chemin. Et voilà que Jésus s’arrête et l’appelle. Parmi les spectateurs, certains l’invitent à la confiance, « Lève-toi, il t’appelle. » L’aveugle rejette son manteau, bondit et court vers Jésus, on a l’impression qu’en posant cet acte de foi, il voit déjà.

La ville de Jéricho, nous évoque le passage du Livre de Josué, qui raconte comment par un acte de foi du peuple d’Israël, les remparts de la ville tombèrent au son des trompettes. Ils détruisirent l’enceinte qui leur interdisait l’accès. Les sécurités humaines s’écroulèrent devant la puissance de Dieu et la confiance du peuple. Comme Bartimée qui rejette son manteau.

Dans une démarche de guérison, il est important de pouvoir ainsi se libérer du poids ou des attaches liés au passé. Que la guérison attendue soit d’ordre physique, psychique ou spirituel.

Dans une démarche de guérison, la prière personnelle et le soutien d’une communauté ou d’un groupe sont nécessaires. Certains se montraient hostiles avec Bartimée, mais quelqu’un l’a incité à répondre avec confiance à l’appel de Jésus.

« Tout cela est bien joli – pourraient me rétorquer certains plus gravement malades—, moi je veux guérir, je prie, des amis prient pour moi et avec moi. J’ai même utilisé de l’huile de la Sainte Face et pourtant je ne suis pas guéri ! Alors vos beaux discours… » Quand je reçois des groupes d’enfants et que je leur raconte l’histoire de ce lieu ainsi que les guérisons reçues, il s’en trouve presque toujours un, apprenant que M. Dupont est mort après avoir été paralysé pendant 5 années sur son lit, pour poser la question : « Mais pourquoi n’a-t-il pas utilisé l’huile pour guérir ? »

Nous devons constater que les Évangiles nous rapportent maintes guérisons opérées par Jésus au bénéfice de nombreux malades, son ombre y suffisant parfois. Mais cependant il n’a pas guéri tout le monde. Nous pouvons trouver une réponse à cette question mystérieuse dans l’adresse de Jésus à Bartimée : « Va, ta foi t’a sauvé ». Jésus ne dit pas : « ta foi t’a guéri ». Si Jésus n’accorde pas une guérison, ce n’est pas à cause d’un manque de foi, ou par manque de puissance de Dieu. La guérison de Bartimée nous rappelle cependant que Dieu ne veut pas la maladie. Non, Dieu ne se réjouit pas lorsque nous sommes malades. Non, Dieu n’envoie pas des maladies pour faire souffrir. Si nous sommes malades, ce n’est pas un don de Dieu mais une conséquence du péché, qu’il soit personnel ou bien lié au péché originel. Dans la maladie, certains peuvent recevoir la vocation particulière de participer aux souffrances rédemptrices du Christ. Force est de constater la présence dans le monde de puissances du mal qui nous atteignent ; le Livre de Jérémie et le psaume de ce jour nous redisent que Dieu veut et peut opérer notre salut. « Le Seigneur fit pour nous des merveilles ». Demandons la guérison de notre cécité qui peut nous empêcher de les voir.

Puis Bartimée suit Jésus sur le chemin qui le conduit à Jérusalem. La ville où Jésus va s’offrir et souffrir pour réaliser notre salut. Pour que nous soyons réellement délivrés de l’esclavage du péché et de la mort. La guérison totale que ce salut nous donne, nous la verrons véritablement au ciel.

1 M. Dupont reçut l’image de la Sainte Face le lundi de la Semaine Sainte 1851 ; après l’avoir faite encadrer, il l’installa près de sa cheminée le mercredi et alluma devant elle une lampe à huile en signe de respect et d’adoration.