Qui est notre roi ?

Homélie du frère Nicolas Burle, solennité du Christ Roi, 25 novembre 2018

Frères et sœurs,

Il me semble que la Touraine est mal placée pour comprendre la signification profonde de la Fête du Christ-Roi. Il y a pour nous un gigantesque obstacle et cet obstacle s’appelle : les châteaux de la Loire. Amboise, Villandry, Chenonceau, Azay le Rideau nous ont habitués à ces rois mondains qui se roulent dans le luxe et qui construisent des demeures toutes plus extraordinaires les unes que les autres.

Or Jésus n’est pas un roi habitant dans des châteaux. J’en suis désolé pour nous et notre belle région. Peut-être allez-vous me rétorquer que notre cathédrale par exemple est elle-même splendide. Certes ! Mais là où le château de Tours (soit dit en passant c’est le seul château de la Loire qui est très laid) le château de Tours s’élève pour dominer et pour écraser, notre cathédrale elle se dresse pour nous élever vers Dieu.

La différence entre le Château de Tours et ce modeste oratoire de la Sainte-Face est la différence qu’il y a entre Pilate et Jésus. Entre le gouverneur romain et le roi des juifs. Entre le fonctionnaire de l’Empire et le Fils de Dieu. Entre le monde fortifié qui défend jalousement son petit quant-à-soi et le Christ qui donne humblement sa vie pour rendre témoignage à la vérité.

Qui est notre roi ? N’agissons pas comme Pilate. Pour croire, il faut s’avancer. Contemplons dans le choeur de notre oratoire, la sainte Face de notre Roi. « Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra. Ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. » Regardons cette face du Christ blessée, outragée, humiliée. Ce visage du Christ, les yeux fermés, accueillant sur lui et en lui toute notre violence. Notre Roi transpercé est un agneau. Un simple agneau. L’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. L’agneau transpercé et vainqueur qui a triomphé de la mort. Qui nous a sauvés glorieusement en prenant sur lui ce dont il nous sauve : la mort, la laideur du péché, la violence du péché du monde. Un agneau qui reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Pour croire, il faut s’avancer, il faut prendre le risque d’écouter et de se lancer. « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » (Jn 18,37)

Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. »

Qu’est-ce que la vérité ? Il n’est pas anodin que cette question soit posée lors d’un procès où l’on condamne un innocent. Pilate est peut-être très sincère dans son désir de connaître la vérité, mais il n’appartient pas à la vérité. Car la vérité, c’est le Christ et il le condamne à tort. Car la vie, c’est le Christ et il le condamne à mort. Car le chemin, c’est le Christ et Pilate en sortant s’éloigne définitivement de lui. La vérité n’est pas une idée mais une personne. On ne possède pas la vérité pas plus que l’on ne possède une personne. Mais on aime une personne et on se met à son service.

Pour être chrétiens, il nous faut connaître le Christ. Le connaissons-nous en vérité ? Ou sommes-nous un peu comme Pilate qui répète ce qu’il a entendu dire sur Jésus sans chercher lui-même à connaître ? Prenons-nous le temps de lire chaque jour la Parole de Dieu pour découvrir Celui qui est la Parole de Dieu faite chair ? Avons-nous déjà lu un évangile en entier ? Un simple évangile ? Un de mes frères se demande souvent : « Pourquoi est-ce que les catholiques sont les seuls chrétiens qui ne lisent pas la Bible ? » L’état de notre monde nous pose de grands défis, nous ne pouvons pas nous contenter de petites réponses. Nous avons besoin de vivre vraiment les grandes réponses de la foi chrétienne. Nous avons besoin de vivre dans la vérité qui nous rendra libres. Et la vérité, c’est Jésus. Il n’y a qu’une seule vérité, qu’un seul roi, qu’un seul sauveur : Jésus.

Pour être chrétiens, il nous faut aimer le Christ. Prenons-nous le temps de prier chaque jour ? Prenons-nous le temps du coeur à coeur chaque jour avec Jésus ? Combien de fois entendons-nous des chrétiens dire : je prie quand je peux, quand je veux, quand j’en ai l’idée, le soir pour m’endormir. Et les mêmes viennent regretter quelque temps plus tard de ne plus prier. Notre prière est à la mesure de notre foi. Alors n’ayons pas peur. Personne n’a le temps de prier. Il faut le prendre. Il faut apprendre à prier. Arrêtons-nous de courir et posons-nous devant notre Dieu, chaque jour, fidèlement. Comme un rendez-vous d’amoureux. Car la grandeur de l’homme est la fidélité. Regardons notre Roi sur la Croix. Pour nous, il a donné sa vie.

Pour être chrétiens, il nous faut à notre tour, comme le Christ-Roi, nous mettre au service de nos frères. La veille de sa Passion, le Christ lave les pieds de ses disciples pour les remettre en état de marche. Par notre baptême, nous avons reçu l’onction comme le Christ. Nous sommes rois comme le Christ. Et Jésus nous demande de servir tous ceux qui nous entourent. Le Christ nous a confié à chacun un Royaume : nous sommes les rois et les reines de ces personnes qui nous entourent et nous devons les servir pour les remettre en route. Comprenons bien que l’Évangile se joue dans un rayon de 5 mètres autour de nous, au corps à corps, au coeur à coeur, au-delà on se paye de mots.

Servons-les, comme le Christ, en lui demandant sa grâce et son amour pour chacun. Comme le Christ, servons-les tous, amis et ennemis. Notre modèle est saint Louis et non Louis XIV. Que chacun de nous prenne sa place de chrétien aujourd’hui et chaque jour. Nous sommes en état d’urgence spirituelle : prions plus souvent et avec plus de foi, ayons le courage d’avoir de vraies discussions avec nos proches, soyons toujours au service de la paix, désirons vraiment être des saints et des saintes. Et surtout ne ratons aucun pardon !

Notre mission de chrétien sur terre est toute simple, simple et royale : Par la grâce de Dieu, connaître le Christ, aimer le Christ, servir et aimer comme le Christ.

Frères et sœurs, que le Roi des rois, notre Seigneur Jésus nous apprenne à faire de notre vie un don. Pour la gloire de Dieu et le Salut du monde. Amen.