Redressons et relevons la tête pour fêter le vrai Noël chrétien

Homélie du frère Antonio-Ryo Sato, 1er Dimanche de l’Avent, 3 décembre 2018
Jr 33, 14-16 ; 1 Th 3, 12- 4, 2 ; Lc 21, 25-28. 34-36

Jésus dit : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ». Au long de l’histoire, il y avait des événements qui auraient fait pressentir aux gens la fin du monde ; épidémies de maladies, famines, séisme, typhons et déluges, etc. Pourtant, les plus grands cataclysmes étaient toujours causés par la violence des êtres humains. Quoi qu’il en soit, jusqu’à maintenant, Dieu se réserve dans sa patience de mettre fin à ce monde. Alors, du côté du monde humain, qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? Les mêmes choses se répètent mais de pire en pire encore ! Nous entendons tous les jours sans cesse des nouvelles sur les violences à tous les niveaux partout dans ce monde où nous vivons. Belligérances, terrorismes, discriminations, persécutions, oppression, crimes organisés, groupes contre groupes, États contre États, peuples contre peuples, toutes sortes d’injustice avec des raisons non pas raisonnables. N’est-ce pas, en raison inverse du développement de la technologie, l’humanité nous paraît de moins en moins sage ? L’esprit humain ne se montre pas bien progressé sur la paix, l’entente, le respect, la coopération et la justice. Cela nous fait risquer de tomber dans un désespoir. La plus grande tentation contre notre foi, c’est celle de désespérer de la valeur de l’amour. Nous pourrions être tentés de dire : « À quoi bon l’amour ; les êtres humains ne veulent que se haïr. Les peuples vivent tous pour se discriminer jusqu’à mourir de la haine mutuelle. »

Mais, c’est là que nous nous réveillons paradoxalement à la foi en le Christ qui a accepté sur la Croix de mourir de la méchanceté des êtres humains. Au bout de la déception sur la férocité absurde de l’humain, le chrétien peut reconnaître à nouveau qu’on ne peut compter sur rien d’humain dans ce monde, mais sur le salut dans la foi en Jésus Christ seul. La désespérance sur le monde humain peut être convertie à l’espérance sur le Règne du Juste éternel, comme cela était éprouvé par le prophète Jérémie qui proclame : « Le-Seigneur-est-notre-justice. » Alors nous pouvons mieux entendre Jésus dire : « Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »

C’est un mot qui nous encourage pour tenir à vivre malgré les maux humains qui nous paraissent incorrigibles. Et pourtant, il nous faut faire attention ici ; Jésus ne nous dit pas de nous enfuir de la réalité du monde où nous sommes en chair et en os. La foi chrétienne ne doit pas tomber dans un rêve irréel comme un film d’évasion. Prier en tout temps, ce n’est pas du tout fermer les yeux ni tourner le dos au réel, mais, comme Jésus le dit, aller tête levée ayant confiance aux Béatitudes. En effet, les Béatitudes enseignent que le vrai bonheur ne s’obtient qu’à travers les épreuves vécues dans la réalité de ce monde.

Méditons sur ce que Jésus dit : « Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées » ; « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie… » Cela nous indique comment vivre ici-bas comme vrais chrétiens. Dans la foi, nous n’aurons pas peur, quel que soit ce qui doit arriver ; nous serons inébranlables, même si tout l’Univers s’ébranle. Nous n’alourdirons pas notre cœur dans la beuverie, l’ivresse et le souci de la vie. Bref, dans la foi, nous serons détachés de toute inquiétude, de toute préoccupation, et de toute évasion dans des plaisirs creux, que nous soyons vivants ou mourants. Mais cela ne signifie pas l’Évangile nous ordonne d’être indifférents aux problèmes du monde auxquels l’humanité fait face, et insensibles surtout à ceux qui accablent les gens défavorisés. Une fois détaches des concurrences des affaires humaines, les chrétiens ne craignent pas de vivre dans la liberté leurs engagements au monde pour rendre réelle leur charité. Mais c’est pas évident.

Jésus prophétise : « Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. » De fait, nous voyons actuellement que plusieurs pays s’affolent les uns contre les autres et leurs gouvernants tombent désemparés par le fracas du monde rempli d’hostilités. Beaucoup de gens sont agités, affolés par ces situations, et ballottés par des jeux politiques d’un côté. De l’autre côté, il y a des gens qui préfèrent s’abandonner dans des amusements pour oublier la réalité du monde. Pour nous les chrétiens mêmes, il y a du danger d’être désemparés par les circonstances difficiles de notre Église et de notre société, et de nous évader dans quelque sorte de quiétisme ou de piétisme fermé pour nous couper du réel. Et ce que j’ose remarquer aujourd’hui, c’est qu’il y a un danger que nous passions les temps de l’Avent et de Noël comme une période pour nous divertir à oublier la réalité du monde et pour oublier de raviver la foi et de grandir à nouveau dans la foi face au réel difficile.

Nous venons d’entrer dans la saison où les chrétiens pourraient jouir du privilège de leur croyance dans la naissance du Messie. Mais, je ne peux pas m’empêcher de dire : plus les chrétiens sincères veulent vivre cette saison préparatoire en vue de Noël, plus ils doivent se heurter à la société consumériste qui s’approprie le nom d’une grande fête de leur religion comme une distraction sans respecter le sens du temps propre à l’Église. Il me semble que c’est plutôt une saison où les vrais chrétiens doivent se retenir de manifester leur foi afin de ne pas provoquer les gens qui se moquent de la foi chrétienne.

De nos jours, on a besoin de courage pour annoncer le Noël chrétien par rapport au Noël divertissant qui n’a aucun sens spirituel. Alors que Jésus nous dit de garder le cœur de « s’alourdir dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie », le système industriel s’efforce de nouveau de pousser les gens à se plonger dans les beuveries illusoires qui leur donne l’ivresse narcotique afin d’oublier provisoirement les soucis de la vie.

Le problème à mes yeux, c’est que les chrétiens peuvent eux-mêmes devenir apathiques sur le sens de la Nativité à cause des illuminations vaines du Noël consumériste. Noyés dans la vanité du Noël consumériste qui rassasie les gens de jouissances matérielles et éphémères, les chrétiens risquent de se perdre de manière à rendre leur foi molle. Mais, ne vous trompez pas ; je ne vous dis pas du tout de ne pas être joyeux pour passer cette saison dans la sobriété. Au contraire, je vous exhorte à vous manifester joyeux au monde pour fêter le vrai Noël en tant que chrétiens. Nous sommes appelés à témoigner au milieu du monde sur la vraie joie enracinée dans l’espérance béatifique promise par l’Évangile, comme force de ne pas être désemparés devant la réalité que nous devons affronter. Tout au contraire à la jouissance superficielle qui paralyse le cœur humain dans le monde rempli de violence, nous marchons dans la foi avec la joie du salut ; joie inébranlable au milieu des choses affreuses.

Pour ne tomber ni dans une misanthropie désespérée ni dans une complaisance hypocrite au nom de la pitié, rappelons-nous le mot de saint Paul : « Que le Signeur vous donne, entre vous à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant. Et qu’ainsi il affermisse vos cœurs. » Demandons au Seigneur d’affermir nos cœurs dans l’amour jusqu’à ce que notre confiance réciproque dans la foi devienne une espérance réellement vécue ici-bas et manifestée à tous les hommes.

Le temps de l’Avent et de Noël, ce n’est pas une période répétitive pour des amusements dans des saisons circulaires. Nous les chrétiens ne vivons pas de temps itératif. Nous participons à l’événement du Messie qui est né une fois pour toute dans ce monde dans l’histoire irréversible. En continuant à vivre cette Naissance comme expérience perpétuelle, nous avançons dans une nouvelle étape du cheminement de l’Église et de la vie de chacun et de chacune.

Au temps de l’Avent de cette année liturgique, restons éveillés encore mieux pour ne pas défaillir au milieu du monde humain dans des misères. Prions pour que nous soyons solidaires afin de faire face à la réalité du monde et de l’Église elle-même. Encourageons-nous les uns les autres pour résister aux violences qui nous entourent. Redressons-nous et relevons la tête pour crier dans un même esprit : « Viens, Seigneur, viens nous sauver. »

Frère Antonio-Ryo SATO, o.p.