Résolutions ?

Homélie du frère Nicolas Burle, Fête du Baptême du Christ, 13 janvier 2019

Savez-vous pourquoi les fameuses résolutions de janvier ne tiennent jamais plus de 15 jours ? Parce que nous les prenons à grands coups de volonté – et si votre volonté vous permet de tenir 15 jours, c’est que vous avez vraiment une volonté de fer. Moi je tiens 3 jours. La volonté n’est pas inutile mais simplement le changement reste extérieur. Or c’est le cœur qui doit changer ! C’est au cœur que cela doit changer.

L’autre obstacle et non des moindres est que ces résolutions, en général, sont prises sans Dieu. Non seulement elles ne changent pas mon cœur mais je reste obnubilé par mon nombril. En cherchant des exemples de résolutions, je suis tombé sur un site qui en proposait 25 pour 2019. Faire du bénévolat arrivait seulement en 9e position ! Et elle était non seulement la seule résolution altruiste mais en plus avec un raisonnement égoïste typiquement contemporain : « Aider les autres, c’est un gage de bonheur et de satisfaction. Que vous aidiez des nouveaux arrivants, des sans-abris ou des personnes âgées, vous en ressortirez gagnant. » Et encore, c’était un site féminin. Si j’étais allé sur un site masculin, je pense qu’en 9e position je serais tombé sur « changer de voiture ».

Par ces résolutions, on veut se prouver qu’on peut changer. Cette fois, on va y arriver. Même si le changement durera 15 jours. Par ces vœux que nous nous souhaitons, nous désirons que cette année soit différente des autres années. C’est un espoir touchant mais un peu naïf, une attente encore un peu floue. Ce n’est pas encore l’espérance qui est un don de Dieu.

Le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »

Tout a commencé pour nous le jour de notre baptême ! Nous avons reçu tout ce qu’il faut pour devenir des saints et de saintes : l’Esprit saint a été répandu sur nous en abondance. « Il vient celui qui est plus fort que moi. » Cela signifie que le Christ est plus fort que notre faiblesse, que notre négligence, plus fort même que notre péché et notre refus de le suivre. L’Esprit du Christ est fort et lui seul a la force de changer notre cœur. La force de transformer notre cœur de pierre en cœur de chair. L’Esprit saint, et lui seul, a la force de transformer notre volonté faible et blessée en douce et humble obéissance à la volonté du Père.

Tout a commencé pour nous le jour de notre baptême ! Nous avons reçu tout ce qu’il faut pour devenir des saints et de saintes le jour de notre baptême. Tout l’arbre est déjà présent dans la graine de l’arbre. Il faut en prendre soin certes, lui apporter lumière, eau et nourriture mais tout est déjà là, en germe et ne demande qu’à se déployer. Est-ce que nous prenons au sérieux la grâce de notre baptême ? Pour cela une simple vérification : connaissons-nous la date de notre baptême ? Et si nous sommes parents, la date de baptême de nos enfants ? Et si nous sommes parrains ou marraines, la date de baptême de nos filleuls ?

Réécoutons saint Paul : Dieu nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître. Dieu nous a sauvés par sa miséricorde.

Pour vivre en baptisé, nous n’avons pas à prendre de nouvelles résolutions mais à suivre résolument le Seigneur. Nous n’avons pas à nous changer à grands coups de volontés mais à faire la volonté de Dieu. Nous n’avons pas à nous préparer à recevoir l’Esprit saint comme si nous ne l’avions pas déjà reçu mais nous devons laisser l’Esprit, déjà bien présent en nous, déployer sa lumière dans toute notre vie. Que l’Esprit vienne éclairer toute choses cette année : plus de zones d’ombres dans notre vie. Que l’Esprit vienne brûler en nous ce qui n’est que paille et vanité.

Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.

Un lieu souvent obscur de notre vie est la prière. Voilà bien un lieu que l’Esprit saint doit venir éclairer en urgence dans ma vie. Un ami prêtre avait un jour posé une question aux enfants du catéchisme : Combien de fois vous brossez-vous les dents chaque jour ? Réponse en chœur : 3 fois ! Matin, midi et soir. Et combien de fois priez-vous chaque jour ? Grand silence. Alors les enfants ? Est-ce que Dieu est moins important que vos dents ? Idée résolution 2019 : prier trois fois par jour et ne pas arrêter de se brosser les dents pour autant.

Après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.

De même que le ciel s’est ouvert pour nous le jour de notre baptême, de même le ciel s’ouvre à nouveau chaque fois que nous prions. À chaque fois que nous prions, nous laissons le Père nous redire, comme le jour de notre baptême : « Tu es mon enfant bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Mais comment l’entendre ? Souvent notre prière est pleine de bruits et de distractions. Nos résolutions en ce domaine ne durent même pas 3 jours. Il nous faut réintégrer nos distractions dans notre prière, dans cette conversation avec le Seigneur qui a commencé le jour de notre baptême. Quand nous discutons avec un ami, ne rebondissons-nous pas dans la conversation en lui disant : « tiens cela me fait penser à ceci ou cela » ? C’est la même chose avec le Seigneur : tout l’intéresse surtout nos soucis, nos résolutions ratées et nos souhaits un peu flous de bonne année. Plus de zones d’ombres dans notre vie. Il nous faut tout réintégrer, tout replacer sous le regard du Seigneur : tout ce que nous sommes, même nos péchés, nos tentations, nos faiblesses. Et d’abord elles.

Par la grâce de Dieu, cette année, orienter toutes choses vers Dieu pour apprendre à aimer en toutes choses.

Par la grâce de Dieu, se tenir chaque jour là où le ciel s’ouvre.