Homélie du dimanche de Pâques 2020

par le frère Christian-Marie DONET,  recteur


Ce matin-là, il y a quelque chose qui ne va pas. « On a enlevé le corps du Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Le corps de Jésus n’est plus là où on l’avait mis, il n’est pas là où on devrait le trouver ! Marie Madeleine est venue de grand matin pour honorer un mort ? Et devant le tombeau ouvert, elle est troublée, angoissée, inquiète et sans doute perturbée dans ces habitudes. La précipitation de Pierre et de l’autre disciple pour se rendre au tombeau traduit certainement qu’ils sont dans les mêmes sentiments.
Le tombeau est ouvert, ce n’est pas normal !
Pendant deux jours comme chaque vendredi et samedi saints, le tabernacle est resté ouvert et vide. Nous en avons l’habitude, et pourtant cette année nous avons pu le vivre différemment. Car il n’est pas normal que le tabernacle soit ouvert et vide ! Le corps du Seigneur n’est pas là où il devrait être déposé.
Le tombeau vide, le tabernacle vide, l’église vide.
Le corps du Christ n’est pas là où il devrait être. En ce matin, il y a quelque chose qui n’est pas normal. On ne peut pas fêter la Pâque comme d’habitude.
De fait cette année, le carême a été spécial, et nous célébrons ces fêtes pascales d’une manière vraiment particulière. Face à cette situation inattendue, vous avez certainement entendu comme moi, les uns ou les autres, de vos amis ou connaissances, l’expression de leur manque, de leur détresse ou de leur tristesse même. Beaucoup disent combien ils ressentent douloureusement de ne pas pouvoir communier, de ne pas recevoir le Corps du Christ. Et puis un grand nombre se désole de ne pas pouvoir se rassembler, la communauté leur manque, pas seulement notre communauté de frères dominicains, mais les visages des uns et des autres, l’assemblée réunit pour célébrer son Seigneur.
Mais ils savent aussi pour la plupart témoigner qu’ils vivent une expérience spirituelle réelle. Dans l’absence, ils redécouvrent et approfondissent leur foi et leur vie chrétienne. Et j’ai pu entendre l’un ou l’autre : « Il y a quelque chose que je n’avais pas compris ! »
Nous célébrons aujourd’hui Pâques d’une manière étonnante et je le crois nous vivons un véritable temps de grâce. Nous ne pourrons plus faire comme avant. J’espère ardemment que quelque chose va changer dans la mesure où nos habitudes seront bouleversées. Cessons d’honorer la mort.
Ce matin-là, en fait, tout était normal, car le Christ ne peut pas rester enfermé dans un tombeau.
Oui le Seigneur est bel et bien vivant ! Il est vraiment ressuscité ! Amen ! Alléluia !